Un vélo d'appartement transformé en porte-manteaux, des baskets et un tapis de yoga posés au sol

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Si tu échoues, ce n'est pas ta faute

Nous étions assises ensemble dans un restaurant. Je lui ai demandé si elle était prête à changer sa façon de faire.

« Changer mes habitudes ? » Elle m'a lancé un regard découragé. « Chaque fois, je suis tellement prête à changer… et peu après, ma motivation chute. Quelque chose prend sa place, la résistance, sans que je comprenne vraiment ce qui vient de se passer. »

Elle a soupiré et, après une petite pause, elle a continué.

« La semaine dernière, par exemple, j'ai fait mes exercices tous les jours. J'étais si heureuse, fière de moi. Et puis un jour, comme par magie, j'ai arrêté. Sûrement une bonne excuse. Un jour, deux jours… En tout cas, à partir de là, je n'ai plus rien fait. Ma motivation est devenue un souvenir, remplacée par de la frustration, de la culpabilité et de la honte. »

Je lui ai demandé : « C'est comme si ton ancienne habitude était entrée par la porte de derrière et avait repris le dessus, sans que tu la voies venir ? »

Elle a hoché la tête.

« J'ai une bonne nouvelle pour toi, Claire. Tu n'es pas la seule. Ce n'est pas ta faute. Et tu peux changer cela. »

Tu n'es pas la seule. Ce n'est pas ta faute.

Elle a levé les yeux, pas encore convaincue. « Pas ma faute ? Mais c'est bien moi qui arrête. »

« Tu sais, une très grande partie de ce que tu fais chaque jour, tu ne le décides pas vraiment. C'est ton subconscient qui s'en occupe. Ce sont des programmations, des automatismes, qui se mettent en route avant même que tu aies conscience d'agir. »

« Une sorte de back-office, alors ? »

« Exactement. Pense à ton téléphone. Il a des programmes préinstallés, sans lesquels il ne fonctionnerait pas. Ton subconscient, c'est pareil : c'est le disque dur de ton existence. Il garde ton corps en vie et le fait fonctionner, sans que tu aies à y penser. »

« Et mes exercices, dans tout ça ? »

« Tes exercices, c'est une nouvelle application. Elle n'est pas indispensable à ta survie, mais tu l'installes parce que tu as envie de vivre autre chose, de te sentir mieux. Et à force de répétition, une application comme celle-là peut devenir un automatisme, elle aussi. »

« Alors pourquoi elle ne tient pas ? »

« Parce que la première mission de ton cerveau, c'est de te garder en vie. Et tout ce qui est nouveau, il le regarde avec méfiance. Pas parce que c'est dangereux, simplement parce que ce n'est pas familier. Pendant très longtemps, ce qui était familier, c'est ce qui nous a permis de survivre. Tu as déjà vu ce message sur ton téléphone ? »

Un téléphone affichant le message : cette application n'est pas compatible avec la version de votre système d'exploitation

Elle a ri. « Oui, ça m'arrive parfois ! »

« Eh bien, c'est exactement ce qui se passe. Ta nouvelle habitude n'est pas encore compatible avec ton système. Alors ton cerveau la ferme, sans te demander ton avis. »

Elle est restée silencieuse un moment. « Donc ce n'est vraiment pas un manque de volonté. »

« Non. Ton cerveau fait exactement son travail : il te protège. »

« D'accord. Mais alors, on fait comment ? »

Une route panoramique qui tourne au coucher du soleil

« La bonne nouvelle, c'est que ton système d'exploitation peut se mettre à jour. L'être humain est fait pour s'adapter, c'est même comme ça qu'on a évolué. Le changement est possible. Il faut juste savoir comment s'y prendre. Tu conduis ? Une voiture peut tourner à droite ou à gauche. Mais tant que tu ne sais pas qu'il faut tourner le volant, tourner te demande beaucoup de temps et d'efforts. Une fois que tu as le volant entre les mains, la voiture tourne sans effort. »

« Et c'est quoi, mon volant ? »

« Agir aux deux niveaux en même temps. Au niveau conscient : ce que tu veux, ce que tu décides. Et au niveau subconscient : là où vivent tes automatismes. Tant que seule ta tête veut changer, ton back-office continue de suivre les anciennes instructions. »

« Et comment on parle au back-office ? »

« En rendant l'inconnu familier, et l'habituel inconnu. Quand la nouvelle habitude devient familière pour ton cerveau, il n'a plus besoin de la combattre. Et quand l'ancienne devient étrangère, elle perd sa force. Là, les deux niveaux travaillent ensemble, et le changement peut enfin tenir. »

Claire a souri pour la première fois de la soirée. « Alors, ce n'est pas perdu ? »

Je l'ai rassurée : « Oh non, loin de là ! Tu peux même faire tes exercices demain matin ! Si t'as vraiment envie, bien sûr. »

On a rigolé toutes les deux.

Une femme assise au jardin, sereine, avec une tasse de café

Claire n'est pas une exception. Si j'ai voulu partager notre échange, c'est parce que beaucoup d'entre nous pensent la même chose : qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez nous. Une pensée qui, à force de répétition, peut finir par nous faire beaucoup de mal, tout au fond de nous.

Et toi, quelle est cette habitude qui revient toujours par la porte de derrière ?

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